La semaine dernière, une femme m'a dit qu'elle avait réservé un vol pour se rendre au mariage de sa fille à Barcelone. Puis elle l'a annulé. Ensuite, elle l'a réservé à nouveau. Puis elle l'a annulé une nouvelle fois. Trois fois en deux jours.
Ses mains tremblaient lorsqu'elle m'a raconté cela sur Zoom. C'est une avocate qui a réussi. Elle dirige une équipe de douze personnes. Elle gère la pression des audiences sans ciller. Et pourtant, l'idée de monter dans un avion la transforme en quelqu'un qu'elle ne reconnaît pas.
J'ai entendu cette histoire des centaines de fois. Je l'entends parce que je fais partie des rares personnes au monde à exercer deux métiers : je pilote des avions de ligne et je traite la peur de l'avion en tant que psychologue clinicien. Je vois le problème sous ces deux angles.
Voici ce que j'ai appris après 16 ans passés à traiter l'anxiété liée aux voyages en avion.
Ta peur est tout à fait compréhensible
Votre peur de l'avion est une réaction tout à fait normale d'un système nerveux en bonne santé. Il fonctionne exactement comme prévu. Le problème, c'est le contexte.
Votre cerveau dispose d'un système d'alarme qui fonctionne 75 millisecondes plus vite que votre esprit conscient. C'est quatre fois plus rapide que le temps qu'il vous faut pour cligner des yeux.
Lorsque vous montez dans un avion et que la porte se ferme, votre système d'alarme capte plusieurs signaux : vous êtes enfermé, vous ne pouvez plus sortir, le sol vibre, des bruits étranges se font entendre et le sol disparaît sous vos pieds.
Votre cerveau primitif se moque bien des statistiques. Il réagit aux signaux physiques. Et les signaux perçus dans un avion correspondent aux signaux de danger dont vos ancêtres avaient besoin pour survivre.
Du coup, ton corps libère de l'adrénaline. Ton cœur bat à tout rompre. Tes mains deviennent moites. Tu as la bouche sèche. Tu as un nœud à l'estomac.
Tout cela, c'est ton corps qui essaie de te sauver la vie. Le problème, c'est que cette réaction n'est plus adaptée à la situation.
La tasse à espresso : pourquoi votre crainte ne cesse de grandir
L'angoisse de l'avion s'autoalimente. Imaginez une toute petite tasse à espresso.
Dès que vous entendez le moteur, votre système nerveux libère une première dose d'adrénaline. 20 ml. Puis vous vous agrippez à l'accoudoir : votre cerveau interprète ce geste comme la confirmation que vous êtes en train de tomber. 40 ml. Ensuite, vous essayez de raisonner : vous repensez aux accidents, vous vérifiez la météo. 80 ml. Puis vous observez le visage de l'hôtesse de l'air. 160 ml. La coupe déborde. C'est la panique totale.
Toutes les mesures que tu as prises pour te protéger n'ont fait qu'empirer les choses.
Tous les comportements liés à la sécurité (s'agripper, vérifier, se rassurer, choisir des compagnies aériennes « sûres », boire avant l'embarquement) envoient un seul message : je suis en danger.
La vérité en 90 secondes
Une émotion normale, si on ne la combat pas, reste dans le sang pendant environ 90 secondes. L'adrénaline arrive, suivie du cortisol. Si on les laisse agir sans attiser le feu, elles se métabolisent en une minute et demie.
Ces 40 minutes de crise d'angoisse, ce sont 40 minutes passées à verser de l'expresso dans la tasse. Chaque geste relance le compte à rebours de 90 secondes.
Et si tu ne faisais rien ? Et si tu laissais ton cœur battre à tout rompre, tes paumes transpirer, ton estomac se nouer, et que tu te disais : « D'accord. C'est l'adrénaline. Mon système nerveux fait son travail. Merci. Je vais attendre. »
Ce n'est pas de la pensée positive. C'est de la physiologie.
Que faire concrètement lors de votre prochain vol ?
Avant le vol : arrêtez de consulter les statistiques sur les accidents. Arrêtez de vérifier la météo. Arrêtez de choisir vos sièges en fonction de vos chances de survie. Vous ne vous renseignez pas non plus sur le taux de survie des tables de restaurant.
Au moment où l'angoisse monte, ne la combattez pas. Prenez-en simplement conscience. Gardez les mains ouvertes. Les paumes ouvertes indiquent à votre cerveau : « Je ne tombe pas. »
Au moment du décollage : les sensations sont, d'un point de vue physiologique, presque identiques à celles que l'on ressent dans des montagnes russes ou lorsqu'on aperçoit quelqu'un qui nous attire. Même montée d'adrénaline, même rythme cardiaque. Seule l'étiquette change.
En cas de turbulences : les turbulences n'ont jamais causé la chute d'un avion commercial moderne. Depuis le cockpit, c'est surtout une question de confort. Essayez de respirer par le ventre en émettant un léger bourdonnement, comme une corne de brume. Cela active votre nerf vague. Inspirez par le nez pendant quatre secondes, puis expirez par la bouche pendant six secondes en émettant un léger bourdonnement.
L'approche SkyGuru : j'ai développé l'application SkyGuru, qui explique en temps réel ce qui se passe pendant le vol. Chaque bruit, chaque mouvement, chaque phase est expliqué par un pilote. Quand on sait que ce « bang » correspond à la rétraction du train d'atterrissage, le mystère s'évanouit.
La vraie question
Surmonter sa peur de l'avion ne signifie pas que votre système nerveux ne réagira plus. Ce n'est pas grave. Le véritable changement consiste à apprendre à prendre l'avion tout en acceptant cette peur, sans la combattre ni l'alimenter.
L'avocate ? Elle s'envole pour Barcelone le mois prochain.
Le but n'est pas de voler sans peur. Le but est de voler sans lutter contre cette peur.
Jetez un œil à l'application SkyGuru ou aux programmes de la School of Calm Flight. Pas besoin d'être courageux. Il suffit d'être bien informé. Le courage viendra tout seul.