Beaucoup de personnes souffrant d'anxiété en avion me disent la même chose : « J'essaie de ne pas penser au vol. Mais plus j'essaie, plus ça empire. »
Et c'est vrai. Le fait d'essayer de « ne pas y penser » ne fait qu'accroître l'anxiété.
Permettez-moi de vous présenter une étude importante. En 2017, des chercheurs de Harvard ont mené une expérience qui montre clairement comment fonctionne l'anxiété.
On a demandé aux participants de se concentrer sur une pensée qui suscitait chez eux une forte anxiété. On leur a ensuite demandé de réagir à cette pensée de l'une des trois manières suivantes :
1/ S'inquiéter. Se remuer la tête sans cesse, imaginer les pires scénarios, essayer d'anticiper les risques.
2/ Refoulement. Ils essaient de se ressaisir, de refouler toutes leurs émotions et de se changer les idées.
3/ Acceptation. Il s'agit simplement de prendre conscience de l'émotion et de la laisser s'exprimer sans chercher à la modifier : « Oui, j'ai peur. Ce n'est pas grave. Je peux ressentir cela. »
Voici ce qu'ont révélé les IRM :
L'inquiétude a activé le centre de la peur du cerveau, l'amygdale. Lorsque les participants ne cessaient de repasser cette pensée en boucle, leur corps réagissait comme si le danger se produisait réellement à cet instant précis. Parallèlement, leur capacité à réfléchir clairement diminuait, car il est impossible de ressentir des émotions fortes et de penser logiquement en même temps.
La répression procurait aux participants un sentiment de « soulagement ». Ils avaient l'impression que leur anxiété avait diminué. Cependant, au niveau physique, la tension et le malaise intérieur s'intensifiaient en réalité. Ils se disaient « Je vais bien », tandis que leur corps continuait d'envoyer des signaux de détresse. Cela crée un fort conflit intérieur qui, avec le temps, accentue l'anxiété.
C'est l'acceptation qui a donné les meilleurs résultats. Les participants ayant eu recours à cette stratégie présentaient les niveaux d'anxiété les plus faibles. On a observé une activité accrue dans les régions cérébrales liées à l'interoception, c'est-à-dire la capacité à observer ses états internes. On peut la considérer comme un système de surveillance interne qui permet de rester conscient de ses émotions sans se laisser submerger par elles. L'anxiété était toujours présente, mais elle ne prenait pas complètement le dessus.
Pourquoi c'est important si vous avez peur de prendre l'avion
En plus de 18 ans passés à aider les personnes anxieuses en avion, je constate sans cesse les mêmes schémas se répéter.
La plupart des gens ont recours aux deux premières stratégies :
« Avant le vol, je me renseigne sur tout ce qui concerne la compagnie aérienne, j’étudie le modèle de l’avion et je vérifie la météo toutes les heures. »
« J'essaie de ne pas penser au vol aussi longtemps que possible. Avant d'embarquer, je prends quelque chose pour me calmer. »
Ces deux approches sont compréhensibles. Cela dit, à long terme, elles ont tendance à aggraver l'anxiété.
C'est en acceptant la peur qu'on parvient à établir une relation différente avec elle. Lorsque l'on cesse d'éviter et de refouler ses sentiments, le cerveau apprend un nouveau schéma : « J'ai ressenti de l'anxiété, mais je l'ai laissée s'exprimer. Et il ne s'est rien passé de grave. » C'est ainsi que se forment de nouveaux circuits neuronaux, et avec le temps, l'intensité de l'anxiété diminue.
Point à retenir
Si vous avez peur de prendre l'avion, n'essayez pas de vous débarrasser de cette peur.
Le changement s'opère lorsque vous prenez conscience de votre anxiété, que vous l'acceptez telle qu'elle est, tout en continuant à agir conformément à vos valeurs.

