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    La psychologie de la peur

    Votre corps est votre copilote : un guide somatique pour gérer l'anxiété en vol

    Rédigé par Alex Gervash, pilote professionnel (31 ans d'expérience) et spécialiste de la peur de l'avion (18 ans d'expérience, plus de 16 000 cas traités)

    Allez au-delà du simple « détendez-vous » grâce à des outils physiologiques professionnels qui vous permettent de gérer la peur en utilisant les mécanismes d'autorégulation propres à votre corps.

    Votre corps est votre copilote : un guide somatique pour gérer l'anxiété en vol

    L'objectif de ce guide est d'aller au-delà du simple « détendez-vous » et de vous fournir des outils professionnels et physiologiques pour gérer la peur.

    Quand on parle de la peur de l'avion, on essaie souvent de l'analyser de manière rationnelle : « L'avion est-il sûr ? » « C'était quoi, ce bruit ? » Mais la véritable anxiété réside dans le corps, pas seulement dans le cerveau.

    Ce guide vous aide à passer de la réflexion à l'écoute de vos sensations, en utilisant les mécanismes naturels de votre corps pour vous autoréguler.

    1. L'objectif : la gestion, pas l'effacement

    Le plus grand piège pour quelqu'un qui a peur de prendre l'avion, c'est d'essayer de se forcer à rester « calme ».

    Un système nerveux en bonne santé n'est pas celui qui ne ressent rien ; c'est celui qui sait gérer ce qu'il ressent. Si vous avez peur, ce n'est que de la peur. Si vous êtes en colère, ce n'est que de la colère.

    L'idée clé : toute émotion est une sensation physique (activation). Chez les personnes souffrant d'anxiété en avion ou ayant vécu un traumatisme, le système nerveux interprète à tort ces sensations physiques comme une menace immédiate.

    • Une sensation d'oppression dans la poitrine n'est pas une crise cardiaque : il s'agit d'une contraction musculaire de défense.
    • Avoir les mains moites n'est pas un signe de malheur : il s'agit d'un mécanisme biologique de régulation thermique.

    Nous ne luttons pas contre ces symptômes. Nous les utilisons pour boucler le cycle et relâcher la tension.

    2. Reconnaître la « libération » (le lâcher-prise)

    Nous recherchons la « décharge »: ce moment où le système nerveux libère l'énergie excédentaire. Vous savez que la technique fonctionne lorsque vous ressentez :

    • Un profond soupir ou une expiration spontanée.
    • Des larmes (qui coulent, sans sanglots).
    • Un bâillement.
    • Des tremblements, des secousses ou des fourmillements dans les mains ou les pieds.
    • Une vague de chaleur ou de sueur.
    • Mon estomac gargouille.

    Voici quatre étapes à suivre pour y parvenir. Commencez par l'étape 1 ; ne passez à la suivante que si vous ne ressentez pas de soulagement.

    Étape 1 : The Observer (Organic Discharge)

    Taux de réussite : environ 60 %

    Choisissez la sensation physique la plus forte que vous ressentez en ce moment (par exemple, un nœud à l'estomac, une sensation d'oppression dans la gorge).

    • Durée : Comptez entre 10 secondes et 10 minutes.
    • Attention : concentrez-vous à 100 % sur la sensation physique, et non sur les « pensées angoissantes » qui y sont associées.
    • Curiosité : demande-toi : « Quelle sensation cela procure-t-il exactement ? Est-ce chaud ? lourd ? piquant ? »
    • Pas de pression : n'essayez pas de le faire disparaître de force. Paradoxalement, dès que vous cessez d'essayer d'y remédier et que vous vous contentez de l'« observer », le corps finit souvent par le laisser partir.

    Étape 2 : Pendulation (la technique du balancement)

    Taux de réussite : environ 80 %

    Si l'observation n'a pas fonctionné, nous aidons le système nerveux à « se débloquer » et à sortir de son état de paralysie.

    1. Trouvez un point de repère : cherchez dans votre corps un endroit qui vous procure une sensation neutre ou agréable. (Par exemple : « J'ai la poitrine oppressée, mais mon genou gauche me semble normal », ou « J'ai les mains froides, mais j'ai une sensation de chaleur au ventre. »)
    2. Attention :
      • Concentrez-vous sur ce symptôme désagréable pendant 15 à 30 secondes.
      • Concentrez-vous sur un point neutre ou sûr pendant 15 à 30 secondes.
    3. Répétez : faites ce mouvement de va-et-vient pendant environ 5 minutes. Ce rythme rappelle à votre cerveau que vous n'êtes pas entièrement en danger.

    Étape 3 : L'antidote (visualisation)

    Taux de réussite : environ 90 %

    Si cette sensation persiste, faites appel à votre imagination pour modifier la réalité physique.

    1. Visualisez votre peur : si vous deviez dessiner cette sensation (par exemple, la boule que vous avez dans la gorge), à quoi ressemblerait-elle ? S'agit-il d'une pierre noire ? D'un morceau de métal dentelé ? D'une lourde dalle ?
    2. Créez l'antidote : imaginez l'objet qui est exactement à l'opposé. Si la peur est une pierre noire, l'antidote pourrait être de la barbe à papa blanche et moelleuse ou une vitamine chaude qui se dissout.
    3. Remplacer : Imaginez l'antidote en train de remplacer l'objet de la peur. Observez comment il se dissout, s'étend ou atténue la sensation dans votre corps.

    Étape 4 : Brainspotting (traitement en profondeur)

    Pour les 10 % restants

    Ce que vous regardez influence ce que vous ressentez. Cette technique permet de déterminer la position des yeux qui établit un lien direct avec la partie du cerveau liée à l'anxiété.

    1. Repérez le point : sans bouger la tête, déplacez lentement vos yeux (à gauche, à droite, vers le haut, vers le bas). Repérez le point précis de votre champ visuel où la sensation corporelle est la plus intense.
    2. Fixez : concentrez votre regard sur ce point précis (un motif sur le dossier du siège, une vis au mur).
    3. Attendez : fixez ce point du regard jusqu’à ce que vous sentiez un changement — un bâillement, un soupir ou un relâchement de la tension.

    Remarque : cela peut être intense. Si vous sentez la panique monter, détournez immédiatement votre regard vers un « point d'ancrage » — un point visuel qui vous procure un sentiment de calme — ou utilisez la technique d'ancrage « 5-4-3-2-1 ».

    3. Quand vous vous sentez « coincé » : mener l'action à bien

    Dans le domaine de l'aviation, le facteur déclencheur le plus courant est le sentiment d'être piégé : on ne peut pas quitter l'avion. Cela déclenche un instinct biologique de fuite (réaction de fuite), mais comme on est assis, l'énergie reste bloquée dans les jambes (syndrome des jambes sans repos ou tremblements).

    La solution : le sprint mental

    1. Concentrez-vous sur vos jambes : concentrez-vous sur la tension ou les tremblements dans vos jambes. Laissez-les s'intensifier.
    2. Choisissez une destination : imaginez un endroit sûr (votre maison, une plage, une prairie).
    3. Cours (dans ta tête) : quand la tension atteint son paroxysme, imagine-toi très clairement en train de bondir et de courir avec une force et une vitesse incroyables vers cet endroit sûr.
    4. Arrivée : Imaginez que vous arriviez à cet endroit sûr.

    Cela fait croire au cerveau que vous avez réussi à « échapper » au danger, ce qui permet au système d'alarme de se désactiver.

    Un mot depuis le cockpit

    Ces méthodes ne sont pas des tours de magie ; ce sont des outils neurobiologiques. Elles exigent de la compassion et de la curiosité. N’essayez pas de forcer votre système nerveux à se détendre. Soyez plutôt le capitaine serein de votre propre corps : observez les turbulences, procédez aux ajustements nécessaires et ayez confiance : le temps finira par s’éclaircir.

    En bref

    Allez au-delà du simple « détendez-vous » grâce à des outils physiologiques professionnels qui vous permettent de gérer la peur en utilisant les mécanismes d'autorégulation propres à votre corps.

    À propos de cette ressource

    Équipe d'experts de phobia.aero

    Spécialistes en aviation et en psychologie

    • Professionnels de la psychologie et de la thérapie des traumatismes
    • Professionnels de l'aviation commerciale
    • Spécialistes du traitement de la peur de l'avion

    L'équipe de spécialistes de phobia.aero allie de manière unique une maîtrise de l'aviation commerciale et une expertise en psychologie pour aider les passagers à reprendre confiance dans les airs. Ayant aidé plus de 16 000 personnes à surmonter leur peur de l'avion, l'équipe utilise une approche multidisciplinaire qui privilégie la régulation du système nerveux pour gérer l'intensité physique des crises de panique en vol. En combinant des connaissances techniques sur l'anxiété liée au décollage et la peur de l'atterrissage avec des stratégies tenant compte des traumatismes, ils jouent le rôle de compagnon de vol virtuel pour ceux qui luttent contre l'aérophobie. Que vous soyez aux prises avec une aviophobie aiguë ou que vous recherchiez des outils somatiques pour garder les pieds sur terre, leurs méthodes fondées sur des données probantes fournissent une feuille de route pour traverser chaque étape du voyage en toute confiance.

    16,000+traité
    Reconnaissance par l'ONUméthodologie
    18 ans et plusexpérience
    Éprouvéapproche